Le Rat et le Chat.
Esope , inventeur de la fable,
En ce genre est inimitable.
Heureux qui peut suivre ses pas
Même de loin dans la carrière !
Je le traduis, ne pouvant pas
A beaucoup près aussi bien faire.
Un rat disait un jour : le chien
Est mon ami, mais très intime.
Il a mon amour, mon estime
Pour sa fidélité : c'est bien
La vertu qu'à tout je préfère.
Un chat, entrant par la chatière.
Comme pour suivre l'entretien,
Répond : cette vertu si chère
Je la possède heureusement
Et l'aime mieux que tout le reste.
Le rat s'écrie en se cachant :
Tu l'as !.... Hé bien, je la déteste.
Aux yeux d'un injuste rival,
Ainsi le bien se change en mal.
Et vous, mon cher lecteur, la fable
La trouvez-vous à votre goût ?
Vous répondez d'un air capable
Qu'Esope est admirable en tout.
Mais écoutez-moi jusqu'au bout :
Sachez que l'auteur véritable
C'est moi. — C'est toi ! — Permis à vous
De la trouver à présent détestable.
Don Juan Laurencin, Fables et poésies diverses, 1802.
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Au XVIIIe siècle, la fable est un genre très apprécié : on conte par dizaines les imitateurs de La Fontaine.
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LA FABLE ET LA VÉRITÉ
La Vérité dit un jour à la Fable :
De quel front soutiens-tu que nos droits sont égaux ?
J'existe avant les temps : toujours brillante et stable,
J'ai vu les éléments s'élancer du chaos.
Tout se détruit, change et succombe;
A cette loi l'univers est soumis ;
Je la brave ; un empire tombe ;
Moi, je m'assieds sur ses débris.
Je connais ton pouvoir, je sais ton origine,
Lui répond la Fable en riant ;
Elle est très noble assurément ;
Sur les âges elle domine :
Je ne suis que ton ombre, et le dis franchement ;
Mais je fuis une ombre badine.
Ton miroir, par exemple, est un meuble effrayant;
La faiblesse le craint, l'amour-propre le brise ;
Moi, je corrige en égalant ;
Tu montres la leçon, et moi, je la déguise.
Le temps ne fut pas trop sensé
De t'avoir ainsi dépouillée :
Quand l'homme est corrompu ; tu dois être voilée.
Ma très auguste soeur, l'âge d or est passé.
Ne vas point prêcher ainsi nue,
Si tu prétends grossir ta cour.
Vénus même, Vénus plaît mieux un peu vêtue ;
La nudité ne sied bien qu'à l'Amour.
Tu menaces ; je ris sans cesse.
Pour instruire l'orgueil, il faut le caresser.
Quand je guéris les cœurs que tu viens de blesser,
L'homme, ce vieil enfant, me prend pour la sagesse.
Tiens, faisons la paix en ce jour :
Unissons-nous pour venger ton injure :
Je serai ta dame d'atour,
Et j'aurai soin de ta parure.
Claude-Joseph Dorat (1734-1780)
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